L’innovation en matière d’observation des pollens en Belgique

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L’innovation en matière d’observation des pollens en Belgique

Pouvez-vous vous présenter : votre parcours, votre carrière, votre rôle chez Sciensano ?

Je m’appelle Nicolas Bruffaerts. Je travaille à Sciensano, l’Institut national de santé belge depuis 2010. J’ai commencé avec une thèse de doctorat dans le domaine de l’immunologie, puis en 2015 j’ai été engagé en tant que scientifique, pour prendre la responsabilité de l’unité d’aérobiologie. Notre travail consiste à gérer le réseau belge de surveillance aérobiologique « AirAllergy ».

Pouvez-vous nous parler du rôle de votre unité au sein de Sciensano ?

Avant tout, notre mission c’est de communiquer l’information sur le risque allergique au grand public et aux professionnels de santé. On communique les concentrations de pollens et de spores par mètre cube d’air, c’est une unité que l’on utilise dans le domaine de l’aérobiologie pour corréler l’exposition aux pollens avec le risque allergique. 

 

Ces informations, on les obtient grâce au réseau de mesures AirAllergy, qui existe depuis 1982 en Belgique. La première station installée se situe à Bruxelles, sur le toit de notre institut. Après celle-ci, d’autres stations se sont ajoutées pour former le réseau actuel.

 

Dans ces stations, on mesure une série de taxa polliniques. On dit taxa et non espèces, parce qu’avec la détection par microscopie, il existe certaines plantes, certains types de pollens, pour lesquels on ne sait pas différencier les espèces. L’identification se limite alors au niveau de la famille, voire parfois au niveau du genre. C’est pour cette raison qu’on parle de taxon et de taxa, au pluriel. C’est un terme plus générique. Le réseau AirAllergy mesure au total 36 taxa différents.

 

En plus des données polliniques qu’on délivre, on met à disposition des fiches pollen grâce auxquelles on informe les personnes sur le caractère allergisant du pollen, la quantité de pollens libérée par chaque espèce, les périodes de floraisons.

 

Selon vous, quel est l’impact du changement climatique sur les émissions de pollen et donc sur les allergies ?

Plusieurs études montrent une association statistique entre augmentation des températures, augmentation de la radiation et augmentation des émissions de pollens. C’est le cas de l’étude que nous avons menée avec l’Institut Royal Météorologique belge sur 4 décennies de données collectées à Bruxelles. 

 

On voit une tendance à la hausse sur le long terme, mais d’une année sur l’autre, on voit aussi de grosses variations en matière de quantités saisonnières de pollen. Cela est dû à des phénomènes physiologiques qui illustrent une stratégie de reproduction. Les plantes et les arbres ont besoin d’accumuler suffisamment d’énergie pour larguer beaucoup de pollen en une fois, après ils « récupèrent » pendant une ou plusieurs années avec une faible production.

 

Le changement climatique a un impact sur le timing des saisons et sur l’intensité des épisodes polliniques.

 

La saison des pollens d’arbres, comme le bouleau, et celle des herbacées, comme les graminées, ont tendance à commencer plus tôt. Cela a des conséquences sur le diagnostic des allergies et surtout sur le traitement des patients, que ce soit la prise de traitement ou la désensibilisation, qui sont fortement réglées en fonction de l’exposition des patients au pollen.

 

 

Cela joue aussi sur l’intensité des saisons qui durent plus longtemps. Dans certains cas, cela peut être dû à une plus grosse quantité de pollen émise en début de saison et en fin de saison. Pour certains taxa comme le bouleau ou le noisetier, on observe une augmentation des quantités saisonnières de pollen. Ça ne veut pas dire que les pics seront plus élevés, mais sur l’ensemble de la saison, il y a plus de pollen. Les allergiques sont gênés plus longtemps et plus fortement en moyenne.

Comment se passe la prévention et la prise en charge des allergies aux pollens en Belgique ?

La prévention ne se fait pas de manière standardisée. Il n’y a pas de protocole ou de stratégie au niveau fédéral ou régional. C’est à la population de prendre l’initiative de se faire diagnostiquer par les généralistes, puis par les allergologues qui sont moins nombreux et très sollicités, d’autant plus avec la crise du Covid-19.

 

 

Nous avons d’ailleurs senti certaines difficultés pour la population à s’informer correctement et pouvoir consulter pour des problèmes d’allergies pendant la crise. En plus, on confond souvent les symptômes de l’allergie avec certains symptômes du covid : la toux, les problèmes respiratoires.

Quels sont, selon vous, les enjeux présents et futurs de la prévention et de la prise en charge des allergies aux pollens ?

Au niveau de la prévention, les prochains enjeux sont sur deux volets : la mesure des pollens et leur prévision. 

 

Premièrement, nous avons entamé les travaux pour se diriger vers une nouvelle méthode d’observation des pollens. L’enjeu c’est d’offrir une information plus rapide, mais aussi plus précise. On arrive à une nouvelle génération d’appareils de mesure en temps réel. La technique de la méthode « Hirst », la méthode standard, présente des limites qui amènent des biais d’échantillonnages et d’analyses. Cette méthode pourrait être surpassée par la nouvelle génération d’appareils dont Lify Air fait partie.

 

Nous testons un capteur Poleno qui vise à remplacer à long terme la méthode Hirst dans les stations aérobiologiques, tandis que les capteurs LivePollen visent à être utilisés en réseaux pour une information locale.

 

Le second enjeu, c’est travailler sur la stratégie de prévention grâce à des bulletins prévisionnels des taux de pollens. Nous collaborons depuis plusieurs années avec l’Institut Royal Météorologique qui a une expertise énorme en modélisation. Nous travaillons ensemble sur le développement d’une modèle simulant les émissions et la dispersion des pollens. 

 

Nos collègues météorologistes belges ont adapté le modèle open source SILAM, créé par Mikhail Sofiev de l’Institut météorologique finlandais et ils l’améliorent en utilisant par exemple des cartes de distribution d’arbres qui servent de données d’entrée à ce modèle. On est proche de pouvoir opérationnaliser ce modèle pour offrir des prévisions à 4 jours pour les deux saisons polliniques les plus importantes en Belgique : les pollens de graminées et de bouleau.

Isabelle Muligo
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